Après quelques espoirs de sortie de crise, il faut bien constater que nous continuons à vivre une situation incertaine et troublée. Les établissements financiers ont repris leur mode de vie antérieur et les promesses de régularisation sont restées lettre morte. On a pu observer ces dernières semaines beaucoup de spéculations sur les dettes d’Etat et les gouvernements européens se rendent compte que le niveau de leurs dettes ne leur laisse plus beaucoup de marges de manœuvre alors que le taux de chômage en France et en Europe a atteint des niveaux inquiétants et que les perspectives de croissance sont très faibles. Or ce sont les populations les plus démunies qui sont actuellement les premières victimes de la crise. Quelle action peut être la nôtre pour améliorer le monde dans lequel nous vivons ?
Dans l’éditorial du journal La Croix du mercredi 12 mai, Dominique Quinio écrit : « Au cours de son voyage au Portugal, le pape Benoit XVI a plaidé, comme il l’avait fait dans son encyclique Caritas in Veritate, pour que l’économie ne fasse pas abstraction de la « réalité de l’homme » et insisté sur la nécessité de mettre de l’éthique dans les mécanismes économiques ».
Cette nécessité de mettre de l’éthique dans les mécanismes économiques est bien le « moteur » de l’association. C’est son principal objectif inscrit en tête de la nouvelle Charte : « La priorité : l’homme au cœur de l’entreprise » et c’est le fondement même de l’association que d’avoir voulu mettre de l’éthique dans les placements financiers, en promouvant l’investissement dans les entreprises qui ont inscrit cette priorité dans leur stratégie. Nous sommes donc encouragés à poursuivre notre action dans ce domaine. L’activité de l’association au cours de l’année 2009-2010 s’inscrit dans cette volonté et je compte sur chacun de vous pour intervenir dans le débat qui suivra les deux rapports afin que nous répondions mieux à vos attentes et que nous soyons plus efficaces dans cette direction.
Activité de l’association au cours de l’année 2009-2010
L’année qui vient de s’écouler a été une année de consolidation de nos travaux antérieurs avec la publication de la nouvelle Charte et une année de réflexion sur les actions à mener pour faire de cette charte un outil d’incitation au progrès.
Les apports de la journée sur la Charte de juin 2009 ont permis au groupe de travail ad hoc, composé d’administrateurs, de finaliser la rédaction des critères et de rédiger un préambule qui définit dans quel esprit l’association Ethique et Investissement a établi la Charte et veut l’utiliser.
Nous avons organisé une soirée le 10 novembre pour présenter la version définitive de la charte, ce qui a été fait par deux de nos administrateurs, Martine Aubert et Martial Cozette. Leur présentation a été suivie des témoignages d’une économe, Anne Bayard, et d’un gérant de fonds, Marc Favart. Le débat qui a suivi a mis en évidence l’importance que nous devons attacher à la diffusion de notre charte dans les entreprises.
La version définitive de la Charte a été publiée dans la lettre n° 26 en octobre 2009. La lettre n°26 est devenu le principal document de présentation de l’association. Nous en avons diffusé plusieurs centaines entre octobre et maintenant, à l’occasion des différentes manifestations auxquelles nous avons participé et dont je parlerai un peu plus loin.
Au delà de cette publication, le conseil d’administration a souhaité poursuivre la réflexion en s’interrogeant sur la manière d’utiliser la Charte et de la faire vivre, en créant autour des critères des références exemplaires et un corps de textes précisant leur interprétation avec pour objectif (ambition ?) l’idée de faire de notre charte un label. Un groupe de travail s’est constitué. Il a établi une typologie des utilisateurs potentiels de la Charte :
- les épargnants-investisseurs, congrégations ou particuliers,
- les gérants de fonds qui s’appuient sur les analystes,
- les entreprises,
- et les fournisseurs d’information : agences de notations, évaluateurs mais aussi les analystes des résolutions en AG comme Proxinvest ou les syndicats.
Pour mieux comprendre la perception de la Charte par les professionnels et l’impact qu’elle peut avoir sur les entreprises, le groupe de travail a auditionné dans un premier temps des analystes ISR (nous avons entendu Pierre Stiemon analyste ISR d’AXA IM et Jacky Prudhomme responsable de l’analyse extra financière chez BNP Paribas) et des fournisseurs d’informations (Pierre Fanuel de Vigeo et Emmanuel de La Ville d’Ethifinance). De plus, le groupe de travail a dernièrement auditionné l’analyste ISR de la CFDT, J.Ph Liard.
Ces premiers entretiens ont mis en évidence la nécessité de poursuivre le dialogue avec les analystes et les fournisseurs d’information pour pouvoir interpeller les entreprises soit par l’intermédiaire des gérants de fonds, soit directement. Cependant, il nous faut bien constater que le nombre de membres actifs dans l’association n’est pas suffisant pour que nous puissions prétendre avoir une opinion réfléchie sur toutes les entreprises. Nous devrons donc travailler au coup par coup sur quelques problèmes identifiés dans les entreprises et prendre position au regard de notre charte. Pour plus d’efficacité, nous devons développer les liens avec les organisations qui poursuivent les mêmes objectifs que nous, en vue d’actions concertées. Dans ce domaine, je vous donnerai deux exemples d’actions de cette année : d’une part, Murielle Hermellin relaient aux adhérents les résolutions qui sont proposées par Phitrust pour certaines AG du CAC 40 afin que ceux qui ont des actions dans l’entreprise concernée soient au courant et puissent rejoindre la coalition d’actionnaires qui est formée pour soutenir la résolution. D’autre part, le conseil d’administration a décidé de rejoindre la campagne lancée par CCFD - Terre Solidaire pour demander aux entreprises plus de transparence sur la fiscalité qu’elles paient dans les pays où elles sont implantées.
Les réflexions sur la Charte nous ont conduit, en Conseil d’administration, à définir ce que sont les spécificités de l’association dans un monde économique et financier où les sigles ISR et RSE sont devenus à la mode et où le mot « placement éthique » est trop souvent devenu synonyme d’exclusions.
L’association Ethique et Investisssement bénéficie d’une notoriété qui est l’héritage d’une histoire de plus de 25 ans, et qui est renforcée par l’adossement aux congrégations religieuses. Comme écrit dans le préambule, nous souhaitons agir en direction des entreprises en nous inscrivant dans une perspective de long terme. Un des corollaires de cette affirmation est que nous considérons que les entreprises sans être parfaites sont perfectibles. Nous sommes conscients qu’une entreprise sans rentabilité n’a pas d’avenir mais nous voulons que, dans l’entreprise et dans son environnement, la dignité de l’homme soit respectée dans toutes ses dimensions.
A côté de la réflexion conduite autour de la Charte, nous avons poursuivi l’organisation de manifestations : Nous avions organisé deux journées et une soirée au cours du premier semestre 2009. En juillet 2009 est parue la lettre n° 25 qui faisait la synthèse de la journée de mars 2009. Je vous rappelle que celle ci avait pour thème les enjeux économiques et sociaux de l’évolution de la population mondiale. En octobre 2009, c’est la lettre n°26 sur la Charte qui est parue, lettre dont j’ai parlé plus haut.
Au cours du deuxième semestre, ont eu lieu deux soirées, la soirée sur la Charte ayant été suivie, le 7 décembre, par une soirée sur les problèmes posés par l’extraction des matières premières en Afrique. Cette soirée a été organisée avec l’aide précieuse de Michel Roy du Secours Catholique. Les débats ont été résumés dans la lettre n° 27 parue en janvier 2010.
Les trois soirées de 2009 ont répondu pleinement aux objectifs que nous nous étions donnés d’atteindre un public nouveau.
Cependant l’organisation de soirées parisiennes ne convient pas nécessairement à nos adhérents de province et c’est pourquoi nous souhaitons continuer à organiser des journées comme celle que vous venez de suivre sur Management et évolutions du monde économique. La journée permet d’approfondir le dialogue avec les entreprises et d’organiser un travail de réflexion en atelier avec les participants. Vous avez vu que nous avons changé légèrement l’organisation de la journée et nous espérons que cela vous a paru pertinent. Des feuilles ont été mises à votre disposition par Murielle Hermellin pour que vous exprimiez votre opinion.
Nous aurions volontiers organisé une soirée au cours de ce semestre mais nous n’en avons pas eu le temps. Nous avons besoin que des bonnes volontés nous rejoignent pour proposer des sujets et nous aider à mettre en place la manifestation elle-même.
Heureusement, nous avons pu faire connaître l’association à l’occasion d’invitations à des manifestations organisées par d’autres : Michelle Barrot est intervenue auprès de la coordination des jeunes professionnels en juin 2009. J’ai animé en février 2010, un atelier sur les fonds éthiques à la session Ceras 2010 et participé en mars, à une table ronde sur Finance et Ethique aux assises des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens. Martial Cozette a participé à une table ronde au cours de la journée Axylia sur l’ISR.
Dans le domaine de la communication, nous avons été en contact avec le secrétariat général de la Corref : Un texte rappelant les objectifs de l’association et son lien historique avec les congrégations a été publié dans les lettres adressées par la Corref aux supérieures et aux économes des congrégations féminines et masculines. De plus, Sœur Nicole Reille, Sœur Michelle Barrot et moi-même avons été interviewées par une journaliste, Florence de Maistre, mandatée par la Corref. Celle-ci souhaite avoir une description des initiatives des congrégations ayant eu un impact sur la société civile.
Nous poursuivons également les contacts parmi lesquels on peut citer le FIR, l’ORSE, le plaidoyer au Secours catholique, le CCFD, Inter Expansion, Proxinvest, Phitrust, la chaire Ethique et Finance de la Faculté de Sciences sociales et économiques…
Nous avons répondu à un journaliste d’Ouest France qui préparait un article sur les placements éthiques et à la journaliste des Echos qui a publié un article sur l’indice Stoxx chrétien
Enfin, nous avons continué la veille sur les entreprises et les secteurs économiques en participant au groupe de travail rassemblant le CCFD et nous-mêmes autour des analystes de la société Meeschaert.
Perspectives pour l’année 2010-2011
Quels sont nos projets pour l’année qui commence ?
Nous poursuivrons nos réflexions sur la Charte, en continuant à interviewer les acteurs du placement en action. Cette activité est un bon moyen de nous faire connaître auprès des analystes ISR et des gérants de fonds.
Nous souhaitons organiser une deuxième journée au cours de cette année 2010, probablement dans la deuxième quinzaine de novembre mais je ne peux pas encore vous en dire ni le sujet ni la date. Merci cependant de nous signaler les dates qui sont déjà prises par d’autres organismes et de nous indiquer les sujets que vous souhaiteriez traiter.
Nous organiserons au moins une soirée, peut-être deux d’ici la fin de l’année. Parmi les sujets sur lesquels nous réflechissons, je peux citer
- la lecture des reportings des fonds ISR. Novethic a défini une notation des fonds ISR, basée pour l’essentiel, sur la transparence de la composition des fonds et l’utilisation par les géants des évaluations des agences de notations extra financières. Les gérants ont assez profondément modifié leur reporting à cette occasion et se serait l’occasion de faire intervenir plusieurs gérants.
- l’enjeu économique de l’eau, conférence que nous organiserions avec l’aide d’InterExpansion et de Grégory Schneider Maunoury
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le thème de la violence dans les médias.
- …etc
-
Nous allons poursuivre l’étude des secteurs et nous organiserons très probablement une journée à la fin du premier semestre. Visiblement, cette période est difficile pour beaucoup d’adhérents. Si cette constatation se confirme, il faudra que nous étudions un programme différent. Merci de vos suggestions
Fonctionnement de l’association
Depuis un an, votre Conseil d’administration a fonctionné avec 9 membres, Laurence Jacquot ayant démissionné du fait de sa charge de travail.
Trois mandats d’administrateurs arrivent à échéance en 2010 : Martine Aubert, Virginie Lecourt et moi même : Martine et moi, nous vous proposons de nous renouveler. Virginie Lecourt n’a pas souhaité renouveler sa candidature, étant installée depuis plusieurs mois à Montréal.
Anne Marie Tromeur a également démissionné, étant appelée à se déplacer de plus en plus souvent pour sa congrégation.
Je remercie, au nom du Conseil d’administration, les trois administratrices qui quittent le conseil pour tout ce qu’elles ont apporté à l’association depuis plusieurs années.
Nos statuts prévoient que le conseil peut comprendre jusqu’à 15 membres et qu’un tiers du conseil doit appartenir à des congrégations. Peuvent être proposés comme administrateurs aussi bien des personnes physiques que des personnes morales ou groupements de fait, membres adhérents de l’association. Nous proposons à votre vote la nomination de la Congrégation Notre Dame comme membre du Conseil d’administration, celle-ci ayant mandaté Pierre Arquié, son directeur financier pour la représenter au conseil.
Vous avez vu dans la convocation à l’Assemblée générale que nous vous proposons une légère modification de l’article 10 pour inclure dans le quota d’un tiers que je viens d’évoquer les personnes physiques mandatées pour représenter une congrégation.
Le conseil d’administration comportera donc huit membres, ce qui est peu, compte tenu des projets qui sont les nôtres. Je renouvelle donc mon appel aux bonnes volontés. N’hésitez pas à vous faire connaître si vous êtes prêt à consacrer à l’association un peu de temps, que ce soit pour participer aux réunions du conseil qui ont lieu 6 à 7 fois par an ou pour collaborer à un groupe de réflexion temporaire.